—C'est précisément pour cela que je souhaite ardemment sa mort! râla-t-elle dans un souffle.
Espinosa la contempla une seconde sans répondre, puis s'inclinant cérémonieusement:
—Que Mme la princesse Fausta soit reconduite avec les honneurs qui lui sont dus, ordonna-t-il.
Et, tandis que Fausta, suivie de ses ordinaires, passait de son pas lent et majestueux devant la troupe qui attendait très calme, Espinosa reprit paisiblement:
—Le cabinet où nous sommes est une merveille de machinerie exécutée par des Arabes qui sont des maîtres incomparables dans l'art de la mécanique. Dès l'instant où vous êtes entré, vous avez été en mon pouvoir. J'ai pu, devant vous, sans éveiller votre attention, donner des ordres promptement et silencieusement exécutés. Je pourrais, d'un geste dont vous ne soupçonneriez même pas la signification, vous faire disparaître instantanément, car le plancher sur lequel vous êtes est machiné comme tout le reste ici... Convenez que tout a été merveilleusement combiné pour réduire à néant toute tentative de résistance.
—Je conviens, fit Pardaillan, que vous vous entendez admirablement à organiser un guet-apens.
Espinosa eut un sourire:
—Vous voyez, monsieur de Pardaillan, que, si j'ai accédé à vos demandes, c'est bien par estime pour votre caractère. Et, quant au nombre des combattants que j'ai mis sur pied à votre intention, il vous dit quelle admiration j'ai pour votre bravoure extraordinaire, Et, maintenant que je vous ai prouvé que je n'ai accédé que pour vous être agréable, je vous demande: consentez-vous à vous entretenir avec moi, monsieur?
—Eh! monsieur, fit Pardaillan avec son air railleur, vous vous acharnez à me prouver que je suis en votre pouvoir et vous me demandez si je consens à m'entretenir avec vous?... La question est plaisante!... Si je refuse, les sbires que vous avez apostés vont se ruer sur moi et me hacher comme chair à pâté... Si j'accepte, ne penserez-vous pas que j'ai cédé à la crainte?
—C'est juste! fit simplement Espinosa.