—Comment se fait-il que vous soyez resté un pauvre gentilhomme sans feu ni lieu?

—On m'a donné les terres et revenus du comte de Margency... J'ai refusé. Un ange, oui, je dis bien, un ange par la bonté, par le dévouement, par l'amour sincère et constant, fit Pardaillan avec une émotion contenue, m'a légué sa fortune—considérable, monsieur, puisqu'elle s'élevait à deux cent vingt mille livres. J'ai tout donné aux pauvres sans distraire une livre.

—Comment se fait-il qu'un homme de guerre tel que vous soit resté un simple aventurier?

—Le roi Henri III a voulu faire de moi un maréchal de ses armes... J'ai refusé.

—Comment se fait-il enfin qu'un diplomate comme vous se contente d'une mission occasionnelle, sans grande importance?

—Le roi Henri de Navarre a voulu faire de moi son premier ministre... J'ai refusé.

«Chaque réponse de cet homme est un véritable coup de boutoir... Eh bien, procédons comme lui... Assommons-le d'un seul coup», réfléchit Espinosa.

—Vous avez bien fait de refuser. Ce qu'on vous offrait était au-dessous de votre mérite, dit-il.

Pardaillan le considéra d'un oeil étonné et:

—Je crois que vous faites erreur, monsieur. Tout ce qui m'a été offert était, au contraire, fort au-dessus de ce que pouvait rêver un pauvre aventurier comme moi, dit-il doucement.