Pardaillan ne jouait nullement la comédie de la modestie. Il était sincère. C'était un des côtés remarquables de cette nature exceptionnelle de s'exagérer les obligations, très réelles, qu'on lui devait.
Espinosa ne pouvait pas comprendre qu'un homme, conscient de sa supériorité, fût en même temps un timide et un modeste dans les questions de sentiment.
Il crut avoir affaire à un orgueilleux et qu'en y mettant le prix il pourrait se l'attacher:
—Je vous offre, reprit-il, le titre de duc avec la grandesse et dix mille ducats de rente perpétuelle à prendre sur les revenus des Indes; un gouvernement de premier ordre, avec rang de vice-roi, pleins pouvoirs civils et militaires, et une allocation annuelle de vingt mille ducats pour l'entretien de votre maison; vous serez fait capitaine de huit bannières espagnoles et vous aurez le collier de l'ordre de la Toison... Ces conditions vous paraissent-elles suffisantes?
—Cela dépend de ce que j'aurai à faire en échange de ce que vous m'offrez, dit Pardaillan avec flegme.
—Vous aurez à mettre votre épée au service d'une cause noble et juste, dit Espinosa.
—Monsieur, dit le chevalier simplement, sans forfanterie, il n'est pas un gentilhomme digne de ce nom qui hésiterait à donner l'appui de son épée à une cause que vous qualifiez noble et juste. Il n'est besoin pour cela que de faire appel à des sentiments d'honneur ou plus simplement d'humanité... Gardez donc titres, rentes, honneurs et emplois... L'épée du chevalier de Pardaillan se donne, mais ne se vead pas.
—Quoi! s'écria Espinosa stupéfait, vous refusez les offres que je vous fais?
—Je refuse, dit froidement le chevalier... Mais j'accepte de me consacrer à la cause dont vous parlez.
—Cependant, il est juste que vous soyez récompensé.