—Ne vous mettez pas en peine de ceci... Voyons plutôt en quoi consiste cette cause noble et juste, fit Pardaillan avec son air narquois.
—Monsieur, fit Espinosa, vous êtes un des hommes avec qui la franchise devient la suprême habileté... J'irai donc droit au but.
Espinosa parut se recueillir un instant.
«Mordieu! se dit Pardaillan, voici une franchise qui ne paraît pas vouloir sortir toute seule!»
—Je vous écoutais attentivement lorsque vous parliez au roi, continua Espinosa en fixant Pardaillan, et il m'a semblé que l'espèce d'aversion que vous paraissiez avoir pour lui provient surtout du zèle qu'il déploie dans la répression de l'hérésie. Ce que vous lui reprochez le plus, ce qui vous le rend antipathique, ce sont ces hécatombes de vies humaines qui répugnent à votre sensibilité, selon votre propre expression... Est-ce vrai?
—Cela... et puis autre chose encore, fit énigmatiquement le chevalier.
—Parce que vous ne voyez que les apparences et non la réalité. Parce que la barbarie apparente des effets vous frappe seule et vous empêche de discerner la cause profondément humaine, généreuse, élevée... Mais, si je vous expliquais...
—Par Dieu! je suis curieux de voir comment vous vous y prenez pour justifier le fanatisme et les persécutions qu'il engendre...
—Fanatisme! Persécution! s'exclama Espinosa. On croit avoir tout dit, tout expliqué, avec ces deux mots. Parlons-en donc. Vous, monsieur de Pardaillan, je l'ai vu du premier coup, vous n'avez pas de religion, n'est-ce pas? Eh bien, monsieur, comme vous, et au même sens que vous, je suis sans religion... Cet aveu que je fais et qui pourrait, s'il tombait dans d'autres oreilles, me conduire au bûcher, moi, le grand inquisiteur, vous dit assez et quelle confiance j'ai en votre loyauté et jusqu'à quel point j'entends pousser la franchise.
—Monsieur, dit gravement le chevalier, tenez pour assuré qu'en sortant d'ici j'oublierai tout ce que vous aurez bien voulu me dire.