Ponte-Maggiore avait entraîné Montalte hors de l'Alcazar. Sans prononcer une parole, il le conduisit sur les berges à peu près désertes du Guadalquivir, non loin de la tour de l'Or, à l'entrée de la ville.

Un moine, qui paraissait plongé dans de profondes méditations, marchait à quelques pas derrière eux et ne les perdait pas de vue.

Lorsque Ponte-Maggiore fut sur la berge, il jeta un regard autour de lui, et, ne voyant personne, il se campa en face de Montalte, et d'une voix haletante:

—Écoute, Montalte, dit-il, ici comme à Rome, je te demande une dernière fois: veux-tu renoncer à Fausta?

—Jamais! dit Montalte avec une sombre énergie.

Les traits de Ponte-Maggiore se convulsèrent, sa main se crispa sur la poignée de sa dague. Mais, faisant un effort surhumain, il se maîtrisa, et ce fut d'un ton presque suppliant qu'il reprit:

—Sans renoncer à elle, tu pourrais du moins la quitter... momentanément. Nous étions amis, Montalte, nous pourrions le redevenir... Si tu voulais, nous partirions, nous retournerions tous deux en Italie.

—Sais-tu que le pape est malade? Ton onde est bien vieux, bien usé... Nous avons un intérêt capital à nous trouver à Rome au moment où il mourra, toi, Montalte, pour toi-même, puisque tu étais désigné pour succéder à Sixte; moi, pour mon oncle, le cardinal de Crémone.

A l'annonce de la maladie de Sixte-Quint, Montalte ne put réprimer un tressaillement. La tiare avait toujours été le but de ses rêves d'ambition. Et il se trouvait pris soudain entre son amour et son ambition. Il n'hésita pas et secoua la tête avec une résolution farouche.

—Tu mens, Sfondrato, dit-il. Comme moi tu te soucies peu de la mort du pape et de qui lui succédera... Tu veux m'éloigner d'elle!