—Eh bien, oui, c'est vrai! gronda Ponte-Maggiore, la pensée que je vis loin d'elle, tandis que, toi, tu peux la voir, lui parler, la servir, l'aimer... te faire aimer peut-être... cette pensée me met hors de moi. Il faut que tu partes, que tu viennes avec moi!... Je ne la verrai jamais, mais tu ne la verras pas davantage...

Montalte haussa furieusement les épaules, et d'une voix sourde:

—Insensé! dit-il. Sa présence m'est aussi indispensable pour vivre que l'air qu'on respire... La quitter!... autant vaudrait me demander ma vie!...

—Meurs donc! en ce cas, rugit Ponte-Maggiore, qui se rua, la rapière au poing.

Montalte évita le coup d'un bond en arrière et, dégainant d'un geste rapide, il reçut le choc sans broncher et les fers se trouvèrent engagés jusqu'à la garde.

Pendant quelques instants, ce fut, sous l'éclatant soleil, une lutte acharnée; coups foudroyants suivis d'aplatissements soudains, sans aucun avantage marqué de part et d'autre.

Enfin, Ponte-Maggiore, après quelques feintes habilement exécutées, se tendit brusquement et son épée vint s'enfoncer dans l'épaule de son adversaire.

Au moment où il se redressait avec un rugissement de joie triomphante, Montalte, rassemblant toutes ses forces, lui passa son épée au travers du corps. Tous deux battirent un instant l'air de leurs bras, puis se renversèrent comme des masses. Alors, d'un coin d'ombre où il était tapi, surgit le moine qui s'approcha des deux blessés, les considéra un instant sans émotion et se dirigea aussitôt vers la tour de l'Or où il pénétra par une porte dérobée. Quelques instants plus tard, il reparaissait, conduisant d'autres moines porteurs de civières sur lesquelles les deux blessés, évanouis, furent chargés et transportés avec précaution dans la tour.

Montalte, le moins grièvement atteint, revint à lui le premier. Il se vit dans une chambre qu'il ne connaissait pas, étendu sur un lit moelleux aux courtines soigneusement tirées. Au chevet du lit, une petite table encombrée de potions, de linges à pansement. De l'autre côté de la table, un deuxième lit hermétiquement clos.

Entre les deux lits, le moine allait et venait à pas menus et feutrés, versait des liquides épais et inconnus, minutieusement dosés, préparait avec un soin méticuleux une sorte de pommade brunâtre.