Lorsque le moine s'aperçut que le blessé devait être éveillé, il s'approcha du lit, tira les rideaux, et d'une voix douce, nuancée de respect:
—Comment Votre Éminence se sent-elle?
—Bien! répondit Montalte d'une voix faible.
Le moine eut ce sourire satisfait du praticien qui constate que tout marche normalement.
—Votre Éminence sera sur pied dans quelques jours, à moins d'imprudence grave de sa part, dit-il.
Montalte brûlait du désir de poser une question. Il espérait bien avoir tué Ponte-Maggiore et il n'osait s'informer. A ce moment, un gémissement se fit entendre. Le moine se précipita et tira les rideaux du deuxième lit d'où partait le gémissement.
«Hercule Sfondrato! pensa Montalte. Je ne l'ai donc pas tué!»
Et une expression de rage et de haine s'étendit sur ses traits bouleversés. De son côté, Ponte-Maggiore aperçut tout d'abord la tête livide de Montalte et la même expression de haine et de défi se lut dans ses yeux.
Cependant, le moine-médecin s'empressait. Avec une adresse et une légèreté de main remarquables, il appliquait sur la blessure un linge fin recouvert d'une épaisse couche de la pommade qu'il venait de fabriquer et, soulevant la tête de son malade avec des précautions infinies, il lui faisait absorber quelques gouttes d'un élixir. Aussitôt une expression de bien-être se répandait sur les traits de Ponte-Maggiore et le moine, en reposant la tête sur l'oreiller, murmurait:
—Surtout, monsieur le duc, ne bougez pas... Le moindre mouvement peut vous être funeste.