LE REVEIL DE FAUSTA

Lorsque Fausta revint à elle, ce fut d'abord, dans son esprit, un prodigieux étonnement. Sa première pensée fut que Sixte-Quint n'avait pas permis qu'elle échappât à la hache du bourreau. Le cri de Montalte, clamant sa joie de la voir vivante, était si vibrant de passion qu'elle voulut savoir quel était l'homme qui l'aimait à ce point. Elle ouvrit les yeux et reconnut le neveu du pape. Elle les referma aussitôt et pensa:

«Celui-là a obtenu de Sixte qu'il me fît grâce de la vie... Que m'est la vie à présent que morte est mon oeuvre et que Pardaillan n'est plus!...»

Cependant, elle écouta et, alors, elle comprit qu'elle s'était trompée. Non, Sixte-Quint n'avait pas fait grâce. Montalte, seul, au prix de quelque infamie héroïquement consentie, avait accompli ce miracle de l'arracher à Sixte et à la mort. Aussitôt elle entrevit tout le parti qu'elle pourrait tirer d'un pareil dévouement. Mais à quoi bon!... Elle voulait mourir!

Elle sentit qu'on la touchait à l'épaule... on lui parlait... Elle ouvrit les yeux et fixa Espinosa. Et, au fur et à mesure, son esprit réfutait ses arguments.

Son fils?... Oui! Sa pensée s'est déjà portée vers l'innocente créature. Il vit... Il est libre... C'est là le point capital... Et, soudain, comme un coup de tonnerre, ces mots répétés dans son esprit éperdu:

«Pardaillan vivant!»

Deux mots évocateurs d'un passé d'enivrante passion et de luttes mortelles! Ce passé si proche, puisque quelques mois à peine la séparaient du moment où elle avait voulu faire périr Pardaillan, dans l'incendie du palais Riant!.... Ce Pardaillan si haï... et tant adoré!...

Pardaillan vivant!... Mais alors la mort, pour Fausta, ce serait la fuite devant l'ennemi! Et Fausta n'a jamais fui!... Non, elle ne veut plus mourir... Elle vivra pour reprendre le tragique duel interrompu et sortir enfin triomphante de ce suprême combat.

C'est à ce moment que Montalte s'approcha d'elle.