—Non, madame, car, en même temps, j'ai obtenu de Sa Sainteté un document qui sera votre égide. Le voici.

Fausta prit le parchemin et lut:

«Nous, Henri, par la grâce de Dieu, roi de France, inspiré de notre Seigneur Dieu, par la voix de Son Vicaire, notre Très Saint Père le Pape; en vue de maintenir et conserver en notre royaume la religion catholique, apostolique et romaine; attendu qu'il a plu au Seigneur, en expiation de nos péchés, de nous priver d'un héritier direct; considérant Henri de Navarre incapable de régner sur le royaume de France, comme hérétique et fauteur d'hérésie; à tous nos bons et loyaux sujets: Sa Majesté Philippe II, roi d'Espagne, est seule apte à nous succéder au trône de France, comme époux d'Elisabeth de France, notre soeur bien-aimée, décédée, mandons à tous nos sujets le reconnaître comme notre successeur et unique héritier.»

—Madame, dit Montalte, lorsqu'il vit que Fausta avait terminé sa lecture, la parole du roi ayant en France force de loi, cette proclamation jette dans le parti de Philippe les deux tiers de la France. De ce fait, Henri de Béarn, abandonné par tous les catholiques, voit ses espérances à jamais détruites. Son armée réduite à une poignée de huguenots, il n'a d'autre ressource que de regagner promptement son royaume de Navarre, trop heureux encore si Philippe consent à le lui laisser. Celui qui apportera ce parchemin à Philippe lui apportera donc en même temps la couronne de France... Celui-là, madame, si c'est un esprit supérieur comme le vôtre, peut traiter avec le roi d'Espagne et se réserver sa large part... Votre puissance est ruinée en Italie, votre existence y est en péril. Avec l'appui de Philippe, vous pouvez vous créer une souveraineté qui, pour n'être pas celle que vous avez rêvée, n'en sera pas moins de nature à satisfaire une vaste ambition... Ce parchemin, je vous le livre et je vous demande de consentir à le porter à Philippe...

Aussitôt la résolution de Fausta fut prise et, s'adressant au cardinal, elle dit:

—Quand on s'appelle Peretti, on doit avoir assez d'ambition pour agir pour son propre compte... Pourquoi avez-vous imposé ma grâce à Sixte?... Pourquoi m'avez-vous empêchée de mourir?... Pourquoi me faites-vous entrevoir ce nouvel avenir de splendeur? Je vais vous le dire: parce que vous m'aimez, cardinal.

Montalte tomba sur les genoux, tendit les mains dans un geste d'imploration.

—Taisez-vous, cardinal. Ne prononcez pas d'irréparables paroles... Mais, moi, je ne vous aimerai jamais.

—Pourquoi? Pourquoi? bégaya Montalte.

—Parce que, dit-elle gravement, parce que j'aime, et que Fausta ne peut concevoir deux amours.