—Pas encore! railla Pardaillan, campé devant le bahut.

Les coups commencèrent à ébranler la porte et, en même temps, des rires, des plaisanteries, des menaces éclataient. Le chevalier comprenait parfaitement que, dans le cul-de-sac obscur, il lui serait impossible de tenir tête à cinquante ou soixante assaillants. Tout ce qu'il pouvait espérer, lorsque le bahut serait tombé—ce qui ne pouvait tarder—était d'en découdre quelques-uns. Mais il devait fatalement succomber sous le nombre. Il continuait donc de chercher instinctivement par où il pourrait battre en retraite. Comme il jetait autour de lui des regards scrutateurs, ses yeux tombèrent sur l'emplacement occupé précédemment par le bahut. D'un bond, il fut sur l'endroit et vit, là, une ouverture que le bahut servait à dissimuler sans doute, et qu'il n'avait pas remarquée au premier abord. Il se pencha. C'était encore un petit escalier qui s'enfonçait dans le sol.

Pardaillan réfléchit une seconde:

«Puisque c'est par là qu'on veut que je passe, passons», décida-t-il sur-le-champ.

Et il s'engagea dans l'étroit escalier tournant. Il descendit à tâtons et compta soixante marches, au bout desquelles il se trouva dans un étroit souterrain plongé dans une obscurité complète, et si bas qu'il fut forcé de se courber. A tâtons, toujours, il fit une vingtaine de pas, assez surpris de n'être pas poursuivi, A ce moment, il entendit derrière lui un bruit assez semblable au grincement d'une grille poussée violemment. Il se retourna, et ses bras tendus heurtèrent en effet, une grille qui venait de se fermer sur lui.

«Une herse, murmura Pardaillan. On ne veut pas me poursuivre... mais on ne veut pas non plus que je revienne sur mes pas.»

La situation du chevalier, traqué dans les couloirs du haut, était brillante comparée à celle dans laquelle il se trouvait maintenant. En haut, il pouvait aller et venir, en se tenant droit, dans des couloirs spacieux, il y voyait suffisamment pour se diriger, et il respirait un air qui sentait bien un peu le moisi, à la vérité, mais qui, somme toute, était encore respirable. Ici, les choses changeaient d'aspect.

Plus de dalles propres et luisantes d'abord. Un sol fangeux et gluant, semé de flaques dans lesquelles il s'enfonçait jusqu'à la cheville. Ici, plongé dans des ténèbres épaisses, il était obligé d'aller à tâtons et de se tenir courbé en deux. A chaque instant, il sentait le répugnant contact d'animaux immondes, qui fuyaient sous ses pas.

Pour comble d'infortune, son estomac hurlait la faim, et la fatigue de ces interminables marches et contre-marches commençait à se faire cruellement sentir, et cependant il ne voulait pas s'arrêter.

Tout lui semblait préférable à ce frisson qui s'emparait de lui dès qu'il séjournait.