Il éprouva instantanément un peu de bien-être. Avec le bien-être, la confiance et le courage lui revinrent aussitôt.
Il secoua sur les dalles luisantes ses semelles lourdes des boues accumulées dans le souterrain et, avec un sourire de satisfaction, il s'écria tout haut, pour le plaisir d'entendre une voix humaine:
—A la bonne heure, mordieu! Ici, on respire, on y voit, on n'a pas à lutter avec les immondes bêtes qui m'assaillent en bas. Tête et ventre! il fait bon vivre!
Ayant ainsi philosophé, il étudia les lieux avec sa promptitude habituelle. Alors il pâlit et murmura:
«Ah! ah! me voici donc acculé en cette fameuse salle des tortures qui doit être pour moi la fin de tout!»
Sa physionomie prit l'expression hermétique et glaciale qu'elle avait au moment de l'action; et, de son oeil froid, il étudia plus minutieusement ce lieu patibulaire.
La salle était relativement propre. Jusque hauteur d'homme, les murs étaient revêtus de plaques de marbre blanc, elle était dallée de même marbre blanc, et de nombreuses rigoles, qui la sillonnaient dans tous les sens, servaient à l'écoulement du sang des malheureux sur qui la main de l'inquisiteur s'était appesantie.
Il y avait là, pendus à des crochets, posés à terre ou sur des tablettes, une collection complète de tous les instruments de torture en usage, et Dieu sait si l'époque était féconde en inventions de ce genre! Il y en avait même d'inédits. Pinces, tenailles, masses de fer, couteaux, haches de toutes dimensions et de toutes formes, réchauds, paquets de cordes, instruments bizarres et inconnus se trouvaient là, rangés méthodiquement et soigneusement entretenus.
L'escalier par lequel il avait pénétré là aboutissait de plain-pied à la salle. Il n'y avait pas de porte. C'était comme un trou noir qui se perdait dans la nuit opaque.
Presque en face de ce trou, trois marches et une porte bardée de fer, défendue par une serrure et deux verrous de dimensions extraordinaires.