Si cette porte se fût trouvée devant Pardaillan, au cours de sa fuite éperdue, il n'eût pas manqué d'aller à elle, avec la quasi-certitude de la trouver ouverte.

Mais Pardaillan était logique. Il savait qu'il devait aboutir là, il savait que cette salle d'horreur était le terme où il devait trouver la mort. Comment? Par quel moyen? Il n'en savait rien. Mais il l'avait dit lui-même: là était la fin de tout pour lui. Pardaillan était donc certain que cette porte était bien cadenassée, et qu'essayer de l'ébranler serait peine inutile. Par là sans doute viendraient le bourreau et ses aides, et qui sait? peut-être aussi Espinosa, désireux d'assister à son agonie.

Pardaillan haussa les épaules et dédaigna d'approcher la porte, de la visiter soigneusement. A quoi bon user ses forces en efforts superflus? Tout à l'heure il aurait besoin de toute sa vigueur pour tenir tête aux assassins.

Instruit par l'expérience, il marchait en sondant le terrain, craignant une surprise ou quelque coup de traîtrise que les machinations fantastiques dont il était la victime lui faisaient une nécessité de prévoir et de redouter. Il choisit dans le tas une lourde masse de fer garnie de pointes acérées; il prit en outre un couteau à lame courte et large—ceci pour le cas où sa dague et sa rapière viendraient à se briser dans le choc qu'il devinait imminent.

Il saisit un escabeau de chêne massif qui servait sans doute au bourreau, le traîna dans un angle, et, la rapière au poing, la dague et le couteau à la ceinture, la masse à portée de la main, il s'assit et attendit en établissant lui-même la situation.

«Ainsi, on ne pourra m'attaquer que de front!... A moins que ces murs ne s'écartent d'eux-mêmes pour permettre de m'assaillir par-derrière. Ainsi, du moins, je puis me reposer un instant... si on m'en laisse le temps.»

Combien de temps resta-t-il ainsi? Des heures, peut-être. Tant qu'il avait marché, le feu de l'action l'avait empêché de songer à la faim. Maintenant qu'il était immobile, elle se faisait impérieusement sentir. Sans doute aussi avait-il la fièvre, car une soif ardente le dévorait et le faisait cruellement souffrir.

Alors, pour la première fois, cette pensée atroce lui vint que, peut-être, Espinosa avait conçu cette idée vraiment diabolique de le laisser mourir de faim et de soif. Cette pensée lui donna le frisson de la malemort et il fut aussitôt sur pied en grondant:

«Par Pilate et Barrabas! il ne sera pas dit que j'aurai attendu stupidement la mort sans rien tenter pour l'éviter... Cherchons, mort-diable! cherchons!...»

Invinciblement, ses yeux se portaient sur la porte, dont l'aspect formidable l'avait tout d'abord rebuté, et il formula sa pensée à haute voix: