LA DERNIÈRE PENSÉE DE SIXTE-QUINT
Après le départ de son neveu, Sixte-Quint, assis devant sa table de travail, demeura longtemps songeur.
Il fut tiré de sa rêverie par l'entrée d'un secrétaire qui vint, à voix basse, lui dire que le comte Hercule Sfondrato sollicitait avec instance la faveur d'une audience particulière, ajoutant que le comte paraissait violemment ému.
Le nom d'Hercule Sfondrato, brusquement jeté dans sa méditation, fut comme un trait de lumière pour le pape qui murmura:
—Voilà l'homme que je cherchais! Faites entrer le comte Sfondrato, ajouta-t-il à haute voix.
Un instant après, le grand juge, les traits bouleversés, entrait d'un pas rude, se campait devant le pape, et attendait dans une attitude de violence.
—Eh bien, comte, dit Sixte-Quint en le fixant, qu'avez-vous à nous dire?
Pour toute réponse, Sfondrato dégrafait son pourpoint, écartait la cotte de mailles et montrait sur sa poitrine la marque du coup de dague de Montalte.
Le pape examina la plaie en connaisseur, et froidement:
—Beau coup, par ma foi! et sans la chemise d'acier...