Cette mésaventure lui avait été d'autant plus douloureuse qu'à la suite de cette rencontre—la quatrième—qu'il était venu chercher si loin, il avait dû s'avouer à lui-même que jamais il n'arriverait à toucher ce diable d'homme qui, par surcroît, se faisait un malin plaisir de le ménager.

Pardaillan, c'était donc le déshonneur vivant de Bussi lui-même.

«Or, puisque Pardaillan—et que la foudre m'écrase à l'instant même si je sais pourquoi!—s'obstine à ne pas me meurtrir, il faut bien que ce soit moi qui le meurtrisse! rageait Bussi-Leclerc, en arpentant à grands pas sa chambre. Tête et ventre! mort du diable! il faudra que j'en arrive là, moi, Bussi!»

Bussi-Leclerc était un bretteur, un spadassin, un homme sans foi ni loi... mais il n'était pas un assassin!

Et c'était la pensée d'un assassinat qu'il traduisait par ces mots: «en arriver là», c'était cela qui l'enrageait, qui le faisait verdir de honte.

«Et pourtant, songeait-il en sacrant, pourtant je ne vois pas d'autre moyen.»

Et, peu à peu, cette idée d'un assassinat, contre laquelle il se révoltait, s'insinuait en lui. Il avait beau la chasser, elle revenait, tenace, tant et si bien qu'il finit par s'écrier:

«Eh bien, soit! descendons jusque-là s'il le faut!... Aussi bien, il ne m'est plus possible de continuer à vivre ainsi, et, tant que cet homme vivra, la pensée de mon déshonneur m'assassinera de rage! Allons!...»

En maugréant toutes sortes de jurons et de malédictions, il s'en fut chercher les trois ordinaires qu'il emmena incontinent.

Il était environ sept heures du soir lorsqu'ils arrivèrent à l'Alcazar, où Bussi s'informa.