—Messieurs, disait Pardaillan, de sa voix paisible, quand vous serez fatigués, nous arrêterons. Remarquez que je pourrais en finir tout de suite en vous désarmant l'un après l'autre. Mais ceci est une honte que je ne veux pas infliger à de galants hommes tels que vous.

Il faut dire, pour être juste, que les trois ordinaires, en continuant cet étrange combat, avaient compté que Pardaillan finirait par se piquer au jeu et rendrait enfin coup pour coup. Dès qu'ils virent qu'ils s'étaient trompés et que leurs adversaires s'obstinaient, leur ardeur se refroidit considérablement, et bientôt Montsery, qui, étant le plus jeune, était toujours le plus primesautier dans ses mouvements, abaissa son épée en disant:

—Mortdiable! je ne saurais continuer la lutte dans ces conditions.

Et il rengaina sans attendre l'assentiment de ses compagnons. Comme s'ils n'eussent attendu que ce signe, Chalabre et Sainte-Maline firent de même.

Pardaillan attendait sans doute ce geste, car il répondit gravement:

—C'est bien, messieurs.

Alors, alors seulement, il parut apercevoir Bussi qui ne désarmait pas, lui, et, écartant d'un geste don César, il marcha droit à l'ancien gouverneur de la Bastille. Et, tandis qu'il avançait avec un calme terrible, parant toujours, Bussi reculait. Et, en reculant, Bussi, les yeux exorbités fixés sur les yeux de Pardaillan, y lisait le sort qui l'attendait, et, dans son esprit en délire, il clama:

—Ça y est!... Il va me désarmer encore... toujours!...

Et cela lui parut inéluctable. Il comprit si bien que rien au monde ne saurait lui épargner cette dernière humiliation qu'il sentit son cerveau chavirer. Brusquement, il baissa la pointe de sa rapière et râla dans un sanglot atroce:

—Pas ça! pas ça!... Tout, hormis ça!...