Les témoins de cette scène écoutaient avec un ébahissement profond cet homme extraordinaire qui, attaqué à l'improviste par trois braves, lesquels ne paraissaient certes pas manchots, osait leur dire en face, sans forfanterie, qu'il n'avait pas voulu les tuer. Et, ce qui redoubla leur ébahissement, ce fut de voir ces trois braves accepter ces paroles sans protester, car ils se contentèrent de saluer gracieusement.

—Au revoir, monsieur de Pardaillan!

—A vous revoir, messieurs, répondit Pardaillan, toujours grave.

Chalabre, Sainte-Maline et Montsery se prirent par le bras et s'éloignèrent en riant très fort, en plaisantant tout haut, ainsi qu'il était de bon ton pour des mignons.

Pardaillan, demeuré immobile, bientôt n'entendit plus rien. Alors il poussa un soupir mélancolique, haussa les épaules et, prenant le bras de don César:

—Allons souper, dit-il en l'entraînant vers l'auberge. Il me semble que vous devez avoir faim.

XVIII

DON CRISTOBAL CENTURION

Comme bien on pense, Pardaillan trouva l'hôtellerie sens dessus dessous. Manuel, l'hôtelier, Juana, sa fille, les servantes, tout ce monde, au bruit de la bataille, s'était empressé d'accourir et avait assisté à toute la scène.

Pardaillan avait un air qui faisait que, généralement, on se hâtait de le servir avec égards. Mais, ce soir-là, il ne put s'empêcher de sourire en voyant avec quelle célérité le personnel de l'auberge de la Tour, patron en tête, s'empressait de prévenir ses moindres désirs.