Tel était l'homme qui venait d'entrer chez Barba Roja au moment où le colosse vaincu tournait autour de sa chambre comme un fauve en cage.
—Eh bien? interrogea-t-il anxieusement.
Centurion haussa dédaigneusement les épaules et répondit d'une voix qu'il s'efforçait de rendre calme, mais où perçait, malgré lui, une sourde irritation:
—Eh bien, c'était prévu! Monseigneur le grand inquisiteur, pour des raisons que je ne saisis pas, a jugé bon de le laisser échapper.
—Sang du Christ!... Que la fièvre maligne étrangle le damné prêtre qui s'avise de jouer à la générosité!... Si cet homme vit, je reste déshonoré, et je perds la confiance du roi et je n'ai plus qu'à me retirer dans quelque cloître et y crever de honte et de macération!...
Ces paroles jetèrent la consternation dans l'âme du dévoué Centurion. La disgrâce du dogue de Philippe II entraînait sa déconfiture à lui. Aussi, fut-ce très sincèrement qu'il répondit non sans quelque mélancolie:
—J'entends bien, mon cousin. Mais vous exagérez quelque peu, à mon sens. Sa Majesté ne peut raisonnablement vous faire un crime d'avoir trouvé votre maître. A bien considérer les choses, j'estime que, dans votre malheur, vous avez encore du bonheur.
—Comment cela?
—Sans doute. Il aurait pu se faire que vous fussiez tombé sur un Espagnol désireux de vous supplanter auprès du roi, et vous eussiez été irrémissiblement perdu. Au lieu de cela, vous avez eu la bonne fortune de tomber sur un Français, et, qui mieux est, sur un ennemi de Sa Majesté. Vous voilà bien tranquille: celui-là ne cherchera pas à prendre votre place...
—Peut-être as-tu raison, dit Barba Roja. Mais, n'importe, il me faut une vengeance.