Stupéfait, Sfondrato, d'un geste machinal, prit le parchemin et gronda:

—Votre Sainteté n'a donc pas entendu?... Celui que je veux tuer, c'est Montalte... votre neveu! celui que vous désignez au conclave pour vous remplacer!

—Que vous frappiez Montalte, c'est affaire entre lui et vous. Mais frappez-le dans ses entreprises, dans son amour en lui enlevant cette femme... cela vaudra mieux, croyez-moi, qu'un stupide coup de dague!

—Oh! haleta Sfondrato, quel crime a donc commis Montalte pour que vous, son oncle, vous parliez ainsi?

—Montalte, dit le pape avec un calme effrayant, Montalte n'est plus mon neveu, il est mon ennemi! il a arraché de mes mains l'arme qui peut anéantir la puissance de la papauté et, cette arme, Fausta, graciée par moi!... Fausta libre ira la porter à l'Espagnol maudit...

—Fausta graciée! gronda Sfondrato anéanti.

—Oui, dit Sixte, Fausta libre!... Fausta qui, dans quelques heures peut-être, quittera Rome et s'en ira, escortée de Montalte, porter à l'Escurial le document qui donne à Philippe le trône de France. Voilà l'oeuvre de Montalte, instrument docile aux mains du grand inquisiteur!...

—Fausta libre! grinça Sfondrato, Fausta accompagnée de Montalte!

Et, avec une résolution sauvage, posant sur la table le brevet de duc que le pape venait de lui conférer:

—Tenez, Saint-Père, reprenez ce brevet, ôtez-moi les fonctions de grand juge, et, en échange, nommez-moi chef de votre police. Avant une heure, je vous rapporte ce document, cette arme redoutable... L'échafaud est prêt, le bourreau attend. Eh bien, j'en mourrai de douleur peut-être, mais cette femme appartient au bourreau et sa tête tombera!... Montalte, je le saisis, je le condamne comme rebelle et sacrilège; quant au grand inquisiteur, un coup de dague vous en délivre... Un mot, Saint-Père, un ordre!