—Me jures-tu de ne pas faire un mauvais usage de ce parchemin? fit-il.

—Eh! quel profit illicite voulez-vous qu'un pauvre diable comme moi puisse tirer de ce méchant carré de parchemin? Si encore c'était un bon sur le Trésor, je comprendrais... Mais ça!...

Barba Roja ouvrit un tiroir secret du cabinet. Il y prit un des blancs-seings dont il disposait pour l'exécution des ordres secrets du roi et le tendit à Centurion en disant:

—Tiens! tu me rendras ceci après l'expédition.

Centurion prit le parchemin d'un air très détaché, mais, si Barba Roja avait pu discerner l'éclair de triomphe qui s'alluma dans l'oeil du familier, nul doute qu'il ne lui eût arraché le redoutable papier.

Centurion enfouit le précieux parchemin sous ses loques et, se dirigeant vers la porte, il s'écria:

—A bientôt, mon cousin. Je n'ai pas un instant à perdre et cependant il me faut aller changer ce costume.

Déjà, Centurion avait ouvert la porte, lorsque Barba Roja, avec une timidité étrange chez ce colosse, murmura:

—Cristobal!...

Centurion repoussa la porte et attendit. Mais, voyant que Barba Roja, très embarrassé, ne pouvait se résoudre à parler, il lui dit avec cette brusque familiarité qu'il ne se permettait que dans le tête-à-tête: