Pardaillan parut s'absorber dans la dégustation d'un flan savoureux. Tout à coup, redressant la tête:

—Mais, dit-il, je ne vois pas votre fiancée, la tant jolie Giralda.

—La Giralda a disparu depuis hier, monsieur.

Pardaillan posa brusquement son verre, et dit, en scrutant le visage souriant du jeune homme:

—Ouais!... Vous dites cela d'un air bien paisible! Pour un amoureux, ce calme me surprend, je l'avoue.

—Ce n'est pas ce que vous croyez, monsieur, dit le Torero, en continuant de sourire. Vous savez, monsieur le chevalier, que la Giralda s'obstine à ne pas quitter l'Espagne.

—Ce n'est pas ce qu'elle fait de mieux, fit Pardaillan, et m'est avis que vous devriez l'exhorter à fuir au plus tôt. Croyez-moi, l'air de ce pays est mauvais pour vous comme pour elle.

—C'est ce que je me tue à lui dire, appuya Cervantes en haussant les épaules; mais les jeunes gens n'en font toujours qu'à leur tête.

—C'est que, dit gravement don César, il ne s'agit pas là d'un simple caprice de jeune femme, ainsi que vous paraissez le croire. La Giralda, comme moi, n'a jamais connu son père ni sa mère. Or, depuis quelque temps, elle a appris que ses parents sont vivants, et elle croit être sur leurs traces. La douceur du foyer familial apparaît comme le suprême bonheur à ceux qui, comme nous, ne les ont jamais connus. Peut-être ont-ils été abandonnés volontairement, peut-être ces parents qu'ils désirent ardemment connaître sont-ils indignes et les repousseront haineusement... n'importe, ils cherchent quand même, quittes à se meurtrir le coeur... La Giralda cherche... et comment aurais-je le coeur de l'empêcher, puisque, moi-même, je chercherais, comme elle... si je ne savais, hélas! que ceux dont je ne connais même pas le nom ne sont plus, ajouta-t-il avec un accent poignant.

—Diable! fit Pardaillan, remué malgré lui, vous m'en direz tant... Mais pourquoi n'aidez-vous pas votre fiancée dans ses recherches?