—La Giralda est un peu sauvage, c'est une bohémienne, vous le savez—ou, dû moins, elle fut élevée par des Bohémiens. Elle a ses idées et ses manières à elle; elle ne dit que ce qu'elle veut bien dire... même à moi... J'ai cru comprendre qu'elle a la conviction que ses recherches n'aboutiront pas si elle ne les fait elle-même. Quant à sa disparition, si elle ne m'inquiète pas autrement, c'est que, plusieurs fois déjà, elle a disparu ainsi. Demain, peut-être, je la verrai revenir avec une déception de plus... et je m'efforcerai de la consoler.

Pardaillan se souvint qu'Espinosa lui avait proposé d'assassiner le Torero. Il se demanda si cette disparition de la bohémienne ne cachait pas un piège à l'adresse du fils de don Carlos.

—Êtes-vous bien sûr, dit-il, que la Giralda s'est absentée volontairement et dans le but que vous venez d'indiquer?

—La Giralda m'a prévenu. Son absence devait durer un jour ou deux. Mais, ajouta don César avec un commencement d'inquiétude, que pensez-vous donc?

—Rien, dit Pardaillan, puisque votre fiancée vous a prévenu elle-même... Seulement, si, demain matin, vous ne l'avez pas revue, suivez mon conseil: venez me chercher sans perdre un instant et nous nous mettrons ensemble à sa recherche.

—Vous m'effrayez, monsieur!

—Ne vous émotionnez pas outre mesure, dit Pardaillan avec son flegme habituel, et attendons à demain. Est-il vrai que vous prendrez part à la corrida?

—Oui, monsieur, dit don César, dans l'oeil de qui passa comme un éclair sombre.

—Ne pourriez-vous vous abstenir d'y paraître?

—Impossible, monsieur, fit le Torero sur un ton tranchant. Le roi m'a fait le très grand honneur de m'ordonner d'y paraître... Sa Majesté a même poussé l'insistance jusqu'à envoyer à différentes reprises me rappeler qu'elle comptait absolument me voir dans l'arène... Vous voyez bien que je ne saurais me dérober.