—Ah! fit Pardaillan, qui avait son idée. Est-il dans les usages de faire pareille démarche?
—Non pas, monsieur... Aussi bien, l'honneur que me fait Sa Majesté n'en est que plus précieux, dit don César, d'une voix mordante.
Pardaillan le considéra droit dans les yeux. Puis, se penchant par-dessus la table, à voix basse:
—Écoutez, dit-il, voici plusieurs fois que je remarque en vous une étrange émotion quand vous parlez du roi... Jureriez-vous que vous n'avez pas un sentiment contre Sa Majesté Philippe?
—Non! fit nettement don César, je ne ferai pas un tel serment... Je hais cet homme! Je me suis juré qu'il ne mourrait que de ma main... et vous voyez que je sais respecter un serment.
Ceci fut dit d'une voix ardente, avec un accent auquel il n'y avait pas à se méprendre.
«Diable! pensa Pardaillan, voici qui n'est pas fait pour arranger les choses!»
Et, tout haut:
—Et vous me dites cela, à moi, que vous connaissez depuis quelques jours à peine!... J'admire votre confiance, si elle s'étend ainsi à tout le monde...
—Ne croyez pas que je sois homme à conter mes affaires à tout venant, dit vivement le Torero. J'ai été élevé dans une atmosphère de mystère et de trahison. A l'âge où l'on vit insouciant et heureux, je n'ai connu que malheurs et catastrophes, et j'ai dû errer dans les ganaderias ou dans les sierras en me cachant comme un criminel, ayant pour compagnon et pour maître un ganadero, que je croyais mon père, et qui était bien l'homme le plus taciturne et le plus soupçonneux que j'ai connu. J'ai donc appris à me méfier et à me taire. Je n'ai dit à personne, pas même à M. de Cervantes, qui est un ami éprouvé, ce que je viens de dire à vous, que je connais depuis quelques jours, à peine.