—Pourquoi à moi? dit Pardaillan avec naïveté.

—Le sais-je? dit don César avec un abandon juvénile. Est-ce la loyauté qui éclate sur votre visage? Est-ce la bonté que j'ai lue dans vos yeux, si railleurs pourtant? Est-ce votre générosité ou votre éclatante bravoure? Un irrésistible penchant m'attire vers vous et j'éprouve ce sentiment fait de confiance, de respect et d'affection, tel qu'on le doit éprouver, me semble-t-il, pour un grand frère... Excusez-moi, monsieur, je vous ennuie peut-être, mais c'est la première fois que je me sens assez de confiance pour parler ainsi à coeur ouvert.

—Pauvre petit prince! murmura Pardaillan attendri; puis, regardant bien en face don César:

—En somme, que savez-vous de votre famille?

—Rien, monsieur... ou si peu. Je sais que mon père et ma mère sont morts, et tout me porte à croire qu'ils étaient d'illustre famille.

—S'il en est ainsi, et c'est probable, dit Cervantes, ne regrettez pas trop cette famille. L'adversité, voyez-vous, forme des caractères de votre trempe et de la trempe du chevalier, et, ce qui vous apparaît comme un malheur, au fond, est peut-être un grand bonheur.

—Peut-être, monsieur. J'avoue que je me suis dit à moi-même plus d'une fois ce que vous venez d'exprimer. Mais cela n'atténue ni mes regrets ni ma douleur.

—Comment avez-vous appris la mort de vos parents? demanda Pardaillan. Êtes-vous bien sûr qu'on ne vous a pas trompé, volontairement ou non, sur ce point?

Le Torero secoua tristement la tête:

—Je tiens ces détails du ganadero qui m'a élevé et je suis bien sûr qu'il ne m'a pas menti. Il connaissait, dans tous ses détails, l'histoire de ma famille, et, s'il n'a jamais consenti à me révéler certaines choses, comme le nom de mes parents, par exemple, c'est que, m'a-t-il souvent répété: «Le jour où votre existence sera connue, si vous ignorez tout de votre famille, on vous laissera peut-être vivre. Mais, si on soupçonne que vous connaissez votre nom, vous êtes un homme mort!