—-Prends ceci, El Chico. Mais je ne me tiens pas quitte pour si peu envers toi. Quoi qu'il arrive, désormais j'aurai soin de toi.
El Chico eut une seconde d'hésitation, puis il prit la bourse en disant:
—J'étais déjà payé, seigneur... Mais il faut bien vivre, tiens!
—Pourquoi dis-tu que tu étais déjà payé? fit Pardaillan, qui avait cru démêler comme une bizarre intonation dans la réponse du petit homme.
Sur un ton très naturel, celui-ci répondit:
—J'ai dit que j'étais payé parce que je suis content d'avoir rendu service à don César, tiens!
Laissant leur petit guide, les trois aventuriers, en se servant de la borne, eurent tôt fait d'escalader le mur et se laissèrent doucement tomber dans les jardins de la maison des Cyprès. Don César voulut s'élancer aussitôt; mais Pardaillan le retint en disant:
—Doucement, ne nous exposons pas à un échec par trop de précipitation. C'est le moment d'agir avec Imprudence, et, surtout, silencieusement. Je passe le premier en éclaireur; vous, don César, derrière moi; et vous, monsieur de Cervantes, vous fermerez la marche. Ne nous perdons pas de vue, et maintenant plus un mot.
Dans l'ordre qu'il venait d'établir, Pardaillan s'avança prudemment, évitant les allées sablées comme l'avait judicieusement recommandé El Chico, se dirigeant droit vers le côté de la maison qui lui faisait face.
Les portes et les fenêtres étaient closes. Pas le plus petit filet de lumière ne se voyait nulle part. De ce côté, tout semblait bien endormi. Pardaillan contourna la maison et atteignit le deuxième côté, aussi sombre, aussi silencieux que le premier. Il poussa plus loin et parvint au troisième côté. Là, à une fenêtre du rez-de-chaussée située dans l'angle de la maison, à travers des volets mal joints, un mince filet de lumière filtrait. Pardaillan s'arrêta. Il s'agissait maintenant d'atteindre la fenêtre éclairée et de voir ce qui se passait à l'intérieur.