Pardaillan désigna la fenêtre à ses deux compagnons et, sans mot dire, reprit sa marche en avant, en redoublant de précautions.

D'ailleurs, tout paraissait les favoriser. Ils marchaient sur un épais gazon qui étouffait le bruit de leurs pas et ils côtoyaient les massifs, derrière lesquels il leur serait facile de se dissimuler en cas d'alerte.

Pardaillan contourna un massif qui se trouvait à quelques pas de la fenêtre. Don César et Cervantes suivirent à la file et ne remarquèrent rien d'anormal. Ils n'avaient plus qu'à franchir une petite pelouse qui s'étendait presque jusque sous la fenêtre.

Derrière Cervantes, du sein de ce massif où ils n'avaient rien remarqué d'anormal, des ombres surgirent soudain, rampèrent silencieusement et se redressèrent tout à coup pour exécuter, avec un ensemble parfait, la manoeuvre que voici:

Deux mains saisirent l'écrivain au cou, par-derrière, et étouffèrent dans sa gorge le cri prêt à faillir. Une cape fut lestement jetée sur sa tête, vivement entortillée et serrée à l'étouffer. Des poignes vigoureuses le saisirent aux bras et aux jambes, l'enlevèrent comme une plume avant qu'il eût pu se rendre compte de ce qui lui arrivait, et le portèrent dans le massif.

La capture s'était opérée avec une rapidité foudroyante, sans heurt, sans bruit, sans à-coup d'aucune sorte, sans que ni le Torero ni Pardaillan, plus, éloignés, se fussent aperçus de quoi que ce soit.

Dans le massif, une des ombres dépouilla lestement Cervantes de son manteau. Elle s'en enveloppa soigneusement et, s'efforçant d'imiter l'allure du prisonnier, s'en fut délibérément rejoindre le chevalier et don César. Une voix brève prononça:

—Qu'on le porte dehors, sans lui faire du mal.

Et Cervantes, à moitié étranglé, se trouva porte hors de la maison en moins de temps certes qu'il n'en avaitis à y pénétrer.

Pendant ce temps, Pardaillan et don César étaient parvenus sous la fenêtre éclairée.