Nous avons dit qu'elle était située au rez-de-chaussée. Mais c'était un rez-de-chaussée assez élevé pour qu'un homme, même de grande taille, ne pût atteindre les volets et jeter un regard indiscret dans l'intérieur.
Or, à droite et à gauche de la fenêtre, il y avait deux arbustes plantés dans deux grandes caisses. Et Pardaillan, qui avait passé sa journée à se débattre dans le filet d'Espinosa, ne put s'empêcher de trouver bizarre que ces deux caisses se trouvassent précisément là, sous cette fenêtre, la seule éclairée de la mystérieuse demeure.
«On jurerait qu'on les a placées là pour nous faciliter la besogne», grommela-t-il.
D'un coup d'oeil rapide, il étudia les volets et il pensa:
«Bizarre! ces volets ne tiennent pour ainsi dire pas. La lumière filtre par quantité de fentes et de trous... Mortdiable! cette fenêtre de rez-de-chaussée si mal défendue dans une maison qui, partout ailleurs, paraît gardée!... Voilà qui ne me dit rien qui vaille!...»
Mais, tandis que Pardaillan observait et réfléchissait, El Torero, impatient comme tous les amoureux, agissait. Il traînait une des deux caisses sous la fenêtre, grimpait dessus sans s'inquiéter de l'arbuste qu'il piétinait, et, appliquant son oeil à une de ces nombreuses fentes qui paraissaient suspectes à Pardaillan, il regarda et, oubliant toute prudence, s'exclama presque à haute voix:
—Elle est là!...
En entendant cette exclamation, Pardaillan jeta les yeux autour de lui. A ce moment, l'homme qui s'était enveloppé dans le manteau de Cervantes s'approchait avec précaution, tout comme aurait fait le romancier. Dans l'ombre, Pardaillan le prit pour Cervantes et, n'apercevant rien de suspect, il s'élança d'un bond à côté de don César et regarda, lui aussi, oubliant toutes ses appréhensions du coup.
Sur un lit de repos placé juste en face de la fenêtre, la Giralda, étendue, paraissait profondément endormie.
Don César et Pardaillan se regardèrent et se comprirent sans parler.