Elle retrouva à l'instant sa lucidité et son sang-froid. Ce fut d'une voix très calme qu'elle répondit:

—Soyez tranquille, chevalier, je me garderai bien et je ferai en sorte que votre main ne s'appesantisse plus jamais sur personne.

—Voire, grommela Pardaillan, je ne saurais trop vous y engager... Mais, excusez-moi, madame, je ne sais si c'est le poison que vous m'avez libéralement dispensé, mais il est de fait que je tombe de sommeil. Brisons donc cet intéressant entretien et souffrez que je me couche sur ces dalles qui n'ont rien de moelleux et dont il faut bien que je me contente, puisque Votre Sainteté n'a pas daigné octroyer même une botte de paille au condamné à mort que je suis. Sur ce, bonsoir!...

Et Pardaillan qui, sous l'influence des miasmes délétères émanés de la pastille empoisonnée, sentait effectivement ses forces l'abandonner et tout tourner dans sa tête endolorie, s'enroula dans son manteau et s'étendit du mieux qu'il put sur les dalles froides.

—Adieu, Pardaillan, dit doucement Fausta.

—Non, pas adieu, par tous les diables! railla une dernière fois Pardaillan, à moitié endormi, pas adieu, mais au revoir...

Les derniers mots expirèrent sur ses lèvres et il demeura immobile, endormi... mort, peut-être.

XXI

CENTURION DOMPTÉ

Fausta attendit encore un moment, écoutant attentivement, n'entendant rien... que les palpitations de son coeur qui battait à coups redoublés.