Elle appela Pardaillan, elle lui parla. Aucune réponse ne parvint à son oreille tendue.

Alors, elle se redressa, sortit lentement et, confiante sans doute en ses précautions, dédaigna de fermer la porte derrière elle. Elle vint s'asseoir dans ce cabinet où nous l'avons vue en conversation avec Centurion. La, immobile dans son fauteuil, elle médita longtemps. Dans sa tête, avec l'obstination d'une obsession, cette question accessoire se posait avec ténacité:

«Magni m'a-t-il trompée? Est-ce un narcotique ou un poison?»

Cette question aboutissait fatalement à la principale, à la seule qui comptât pour elle:

«Est-il mort ou simplement endormi?»

Haletante, souffrant une torture physique devant l'effroyable geste, accompli, elle en tirait logiquement toutes les conclusions, avec une lucidité que ni la douleur réelle ni l'incertitude ne parvenait à obscurcir.

«Mort, tout est dit... Délivrée de cet amour que Dieu m'imposa comme une épreuve, mon âme victorieuse redevient invulnérable. Je puis reprendre ma mission avec confiance, sûre de triompher désormais, le seul obstacle qui entravait ma route ayant été supprimé par ma volonté.

«Endormi seulement, tout est à refaire peut-être!... Qui peut jamais savoir avec Pardaillan?... Si je pouvais pénétrer jusqu'à lui... un coup de poignard pendant qu'il dort et tout serait fini... Funeste idée que j'ai eue de faire jeter la clef du caveau!... Mes précautions se retournent contre moi.»

Longtemps encore, elle resta ainsi à méditer.

Enfin, ayant pris sans doute des résolutions fermes, elle frappa sur un timbre. A cet appel, un homme parut qui se courba avec obséquiosité.