Cet homme, c'était le familier, le lieutenant et le pseudo-cousin de Barba Roja, c'était don Centurion.

—Maître Centurion, dit Fausta, sur un ton de souveraine, on ne m'avait pas trompée sur votre compte. Entre des mains habiles et puissantes, vous pourriez être un auxiliaire précieux. Vous avez, j'en conviens, intelligemment et diligemment exécuté mes ordres. Je consens à vous prendre définitivement à mon service.

—Ah! madame, dit Centurion au comble de la joie, croyez que mon zèle et mon dévouement...

—Point de protestations superflues, interrompit Fausta, hautaine. La princesse Fausta paie royalement, c'est pour qu'on la serve avec zèle et dévouement. Votre intérêt me répond de votre zèle et de votre dévouement... Pour la fidélité, nous en reparlerons. L'essentiel est que vous soyez bien pénétré de cette vérité, que vous ne trouverez jamais un maître tel que moi.

—C'est vrai, madame, avoua humblement Centurion, c'est pourquoi je considérais comme un honneur insigne d'entrer au service de la puissante princesse que vous êtes.

—Vous êtes, maître Centurion, pauvre, obscur et méprisé de tous—surtout de ceux qui vous emploient. Vous êtes instruit, intelligent, dénué de scrupules, et, cependant, malgré votre supériorité intellectuelle incontestable, vous resterez ce que vous êtes: l'homme des viles besognes, un composé bizarre et monstrueux de bravo, d'espion, de spadassin. On vous emploie sous ces formes diverses, mais, quels que soient les services que vous rendez, vous n'avez pas d'espoir de vous élever au-dessus de cette basse condition. On a tout intérêt à vous laisser dans l'ombre.

—Malheureusement, madame.

—Malgré tout, vous avez de vastes ambitions.

Fausta s'arrêta une seconde, tenant Centurion anxieux sous son clair regard. Puis, elle laissa tomber:

—Ces ambitions, je puis les réaliser... au-delà de ce que vous avez rêvé.