Ponte-Maggiore considéra plus attentivement l'étranger qui parlait avec cette sorte d'irrévérence moqueuse et il vit un homme d'une quarantaine d'années, au visage fin, au profil de médaille, vêtu sans aucune recherche, mais avec cette élégance qui tenait à sa manière de porter le pourpoint et le manteau.

—Si vous le désirez, monsieur l'inconnu, je vous conduirai jusqu'au roi, qui m'a donné rendez-vous pour ce soir.

Ponte-Maggiore, étonné, jeta un regard presque dédaigneux sur le costume simple et sans aucun ornement.

—Oh! continua l'inconnu en souriant, vous serez bien plus étonné quand vous verrez le roi qui porte un costume si râpé que vraiment vous lui ferez honte, vous, avec toutes vos broderies reluisantes, avec la plume mirifique de votre chapeau, avec vos éperons d'or, avec...

—Assez, monsieur, interrompit Ponte-Maggiore, ne m'accablez pas, ou je vous montrerai que, si je porte de l'argent à mon pourpoint et de l'or aux talons de mes bottes, je porte aussi de l'acier dans ce fourreau.

—Vraiment, monsieur? Eh bien, je ne vous accablerai donc pas et me bornerai à vous tirer mon chapeau, car il serait malséant qu'un illustre cavalier, venu en droite ligne du fond de l'Italie...

—Comment savez-vous cela? interrompit furieusement Ponte-Maggiore.

—Eh! monsieur, si vous ne vouliez pas qu'on le sache, vous auriez bien dû laisser votre accent de l'autre côté des monts.

En disant ces mots, le gentilhomme salua d'un geste gracieux et reprit paisiblement son chemin.

Ponte-Maggiore porta la main à la poignée de sa dague. Mais, considérant la silhouette vigoureuse de l'inconnu, il se calma.