En effet, Fausta, comme si elle avait lu à livre ouvert dans sa pensée, lui dit, sans manifester ni colère ni mécontentement:
—Il faudra perdre ces habitudes de prévarication. La part que je vous fais est assez belle pour que vous laissiez à chacun ce que je lui alloue. Si vous tenez à rester à mon service, il faudra devenir scrupuleusement honnête. Sachez qu'une heure après que vous aurez fait votre distribution, je saurai quelle somme vous aurez remise à chacun, et, si vous avez soustrait seulement un denier, je vous briserai impitoyablement.
Honteux, Centurion rougit, ce dont il fut bien étonné lui-même, et, se courbant:
—Vous êtes bien, je le vois, celle que Dieu a envoyée, puisqu'il vous a donné le pouvoir de ire dans les consciences. Désormais, madame, je vous le jure, je n'aurai plus de telles idées.
—Bien vous ferez, dit froidement Fausta, qui reprit:
—Faites entrer cet enfant, ce nain.
Centurion sortit et revint presque aussitôt, accompagné d'El Chico.
Nous ne saurions dire si le petit homme fut ébloui par les richesses entassées dans la pièce, ni s'il fut impressionné par la beauté et la majesté de la grande dame devant qui on venait de l'introduire. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il se montra indifférent, en apparence. Il se campa devant Fausta, dans cette attitude fière, qui ne manquait pas d'une certaine grâce sauvage et qui lui était particulière, et, respectueux sans humilité, il attendit, dressé sur ses ergots, ne perdant pas une ligne de sa petite taille.
Fausta le fouilla un instant de son oeil d'aigle, et, voilant l'éclat du regard, adoucissant sa voix:
—C'est vous, dit-elle, qui avez conduit ici le Français et ses amis?