Debout sur l'estrade, une main appuyée sur la table, l'autre tendue dans un geste de menace, prise d'un accès de colère effrayant chez cette femme toujours si maîtresse d'elle-même, Fausta foudroyait du regard le malheureux Centurion terrifié.
—Madame, bégaya-t-il, je ne savais pas... Vous ne m'aviez pas interrogé.
Par un effort de volonté admirable, Fausta se calma subitement. Ses traits se rassérénèrent. Elle s'assit et, le coude sur la table, elle réfléchit longuement, paraissant avoir oublié la présence de Centurion qui, muet, retenant son souffle, respecta sa méditation.
Enfin, elle releva la tête et, très calme:
—Vous ne pouviez pas savoir, en effet, dit-elle. Maintenant, racontez-moi tout.
XXII
LE NAIN A L'OEUVRE
Nous sommes obligés de revenir momentanément à l'un de nos personnages dont les faits et gestes prennent une importance qui sollicite notre attention.
Voici donc le nain El Chico—car c'est de lui que nous voulons parler—promu au rang de protagoniste.
Celui-ci est une réduction d'homme—gracieuse, il est vrai, et nous avons entendu Fausta, qui doit s'y connaître, lui dire qu'il est beau dans sa petitesse. Il est sinon délicat, car il a été élevé à la dure, du moins faible comme un enfant qu'il est par la taille. Il est placé tout au bas de l'échelle sociale, puisqu'il n'est qu'un pauvre diable de bout d'homme, sans père ni mère, élevé on ne sait comment ni par qui, venu on ne sait d'où, gîtant on ne sait dans quel trou, vivant. Dieu sait comme! de la charité publique, rie reculant pas devant certaines besognes louches pour assurer sa pitance, et pourtant, malgré tout, ne manquant pas d'une vague dignité, d'une inconsciente fierté.