En effet, à moins de supposer qu'ils étaient attendus et qu'on avait voulu leur faciliter la besogne—ce qui eût été une pure folie—il fallait bien admettre que ce merveilleux palais était actuellement habité. Or, le propriétaire d'une aussi somptueuse demeure ne pouvait être qu'un grand personnage, entouré de nombreux domestiques, voire de gardes et de gens d'armes. De plus, il était évident que ce personnage n'était pas encore couché, sans quoi les lumières eussent été éteintes. Lui, ou quelqu'un de ses gens, pouvait donc apparaître d'un instant à l'autre, et, alors, il était à présumer que les coups pleuvraient drus comme grêle sur les indiscrets visiteurs.

Tout en se faisant ces réflexions judicieuses, quoique peu encourageantes, Cervantes ne lâchait pas d'une semelle don César. Tous deux se rendaient parfaitement compte du danger couru. Ils n'en étaient pas moins résolus à l'affronter jusqu'au bout.

En ce qui concerne don César, la délivrance de la Giralda—qui lui paraissait plus que compromise—passait au second plan. Pardaillan, qu'il croyait aux prises avec les gens du ravisseur, s'était exposé par amitié pour lui. La pensée qui dominait en lui était donc de retrouver le chevalier s'il n'était pas trop tard.

Pour Cervantes, c'était plus simple encore. Il avait accompagné ses amis, il devait les suivre jusqu'au bout, dussent-ils y laisser leur peau, tous. Ils allaient donc, avec prudence, mais parfaitement résolus...

Du cabinet, ils passèrent dans le couloir.

Ce couloir, assez vaste, comme nous avons pu le voir en suivant Fausta, était, comme le vestibule et le cabinet, éclairé par des lampes suspendues au plafond de distance en distance.

Et toujours la solitude. Toujours le silence. C'était à se demander si cette opulente demeure était habitée.

Le Torero, qui marchait en tête, ouvrit résolument la première porte qu'il rencontra.

—Giralda! cria-t-il dans un transport de joie.

Et il se rua à l'intérieur de la pièce, suivi de Cervantes et du nain. La Giralda, nous l'avons dit, sous l'empire d'un narcotique, dormait profondément.