On avait construit là une sorte de quai à pic, au fond duquel, maintenues par une solide maçonnerie, les eaux basses roulaient lentement. A une faible distance du sol, et hors de l'atteinte des eaux, il y avait une bouche, un trou noir, fermé par une grille de fer dont les barreaux croisés étaient énormes et très rapprochés.

El Chico se suspendit dans le vide, au-dessus de cette bouche, et, avec une adresse qui dénotait une grande habitude, il se trouva bientôt cramponné à la grille. Il saisit un des barreaux, scié depuis longtemps sans doute, et le déplaça sans effort. Cela fit une ouverture carrée au travers de laquelle un homme mince et petit n'aurait pu passer et par laquelle il se laissa glisser très facilement, après avoir remis le barreau en place.

Il se trouva dans un conduit tapissé de sable fin et de voûte très basse, bien que le nain pût s'y tenir droit. Ce couloir était coupé en différents endroits par des murs épais qui étaient chargés d'arrêter les incursions indiscrètes. Seulement, dans chacun de ces murs, des ouvertures avaient été ménagées, habilement dissimulées et actionnées au moyen de ressorts cachés, dont Fausta ignorait l'existence, sans quoi elle n'eût pas manqué de prendre les précautions nécessaires pour se mettre à l'abri d'une irruption inattendue.

El Chico paraissait connaître à merveille tous les tours et détours du souterrain ainsi que les différentes manières d'ouvrir les portes secrètes, car il allait sans hésitation. Comment connaissait-il ces secrets? Par hasard sans doute. Le nain avait dû découvrir fortuitement la première ouverture. Faible comme il était, sans appui, à la merci du premier venu, il avait compris qu'il pouvait se créer là une retraite sûre, que nul ne pourrait soupçonner. Il n'avait pas hésité et s'était installé aussitôt. Comme il était intelligent et observateur, il n'avait pas tardé à soupçonner qu'il devait y avoir autre chose que le cul-de-sac qu'il avait découvert. Et il s'était mis à le chercher. Durant des mois, durant des années, il avait ainsi longuement, patiemment étudié son domaine, pierre à pierre. Et, favorisé par le hasard sans doute, il avait peu à peu découvert la plus grande partie des ouvertures secrètes de ces substructions.

Après avoir fait pivoter ou s'enfoncer des pans de muraille qui se redressaient derrière lui, après avoir ouvert, rien qu'en les touchant, de monstrueuses portes de fer qui se refermaient d'elles-mêmes sur lui, il parvint au pied d'un petit escalier de pierre très étroit et très raide. Il était dans l'obscurité la plus complète, mais il n'en paraissait nullement gêné et se dirigeait avec autant de facilité que s'il avait été éclairé.

Il grimpa une dizaine de marches et ne s'arrêta que lorsque son front vint heurter la voûte. Alors, il se pencha sur les marches et chercha des doigts, à tâtons. Un déclic se fit entendre, la dalle placée au-dessus de sa tête se souleva d'elle-même et sans bruit. Avant de monter les deux dernières marches, il chercha dans une autre direction. Un nouveau déclic se fit entendre. Alors seulement il franchit les dernières marches et pénétra dans un caveau, en disant tout haut, comme ont coutume de faire les personnes qui vivent seules:

«Enfin, me voici chez moi!»

Et, sans se retourner, certain que la dalle se refermerait d'elle-même, il fit deux pas et s'accroupit devant une des parois du caveau. Il toucha du doigt une plaque de marbre. Actionnée par le ressort qu'il avait déclenché avant d'entrer, la plaque bascula, et, avec elle, toute la maçonnerie sur laquelle elle était cimentée.

Cela fit une excavation si basse qu'il dut baisser la tête pour la franchir. Il alluma une chandelle, dont la lueur vacillante éclaira faiblement le trou dans lequel il venait de pénétrer.

C'était un petit réduit, pratiqué dans l'épaisseur de la muraille. Ce réduit pouvait avoir six pieds de long sur trois de large. Il était assez haut pour qu'un homme de taille moyenne pût s'y tenir debout. Il y avait là-dedans une caisse élevée sur quatre pieds qui l'isolaient du sol, recouvert de sable fin. La caisse était bourrée de paille fraîche, et, sur cette paille, deux petits matelas étaient étendus. Des draps blancs et des couvertures achevaient de lui donner l'apparence d'un lit confortable.