Pour tout dire, aux mains de Pardaillan, le Chico était un peu comme un pur-sang sauvage aux mains d'un écuyer consommé: il a beau se cabrer et ruer, la main souple et ferme, sans avoir besoin de recourir à la cravache, l'oblige à se calmer et à suivre docilement le chemin par où elle veut le faire passer.
Voyant qu'il se taisait, le chevalier reprit, soudain grave:
—Tu vois de quel épouvantable supplice tu me sauves! Je ne suis pas riche, Chico, mais tout ce que j'ai, à compter d'aujourd'hui, t'appartient. Je veux que tu sois comme un petit frère pour moi. Tu n'auras plus besoin de te terrer comme une bête. Le chevalier de Pardaillan veillera sur toi, et sache qu'il faut respecter ceux qu'il aime et estime. Voici ma main, Chico.
En disant ces mots, il tendit sa main loyale, et, dans ses yeux, il y avait comme une lueur de malice.
Le nain hésita une seconde. Un instinct particulier lui fit-il deviner l'imperceptible malice... Aussi vivement, et comme s'il eût eu peur de se brûler au contact de cette main qui se tendait à lui, largement ouverte, il cacha la sienne derrière son dos.
Pardaillan ne se fâcha pas. La pointe de malice du regard s'accentua d'un léger sourire.
—Holà! Chico, fit-il. Te croirais-tu trop grand seigneur pour serrer la main que voici? Peste! mon cher, sais-tu qu'ils sont très rares ceux à qui je la tends ainsi.
—Ce n'est pas cela, balbutia le nain, sans trop savoir ce qu'il disait.
—Touche là, en ce cas!... Non?... Serait-ce que tu te crois indigne de serrer ma main?
Le Chico regarda le chevalier en face, et, d'une voix qui tremblait de honte... ou de fureur: