—Tu crois cela, toi? Eh bien, dit gravement Pardaillan, tu te trompes. Et la preuve en est qu'un grand seigneur comme moi a épousé autrefois une cabaretière.
—Voua vous moquez, seigneur, fit El Chico, incrédule.
—Non, mon cher, je dis la pure vérité, fit Pardaillan, avec une émotion profonde.
—Se peut-il? s'écria El Chico ébahi. Quel homme êtes-vous donc?
—Je suis un grand seigneur... c'est toi qui l'as dit, fit Pardaillan avec son air figue et raisin.
—Alors, fit El Chico en pâlissant, vous pourriez... épouser: Juana.
—Non, par tous les diables! Pour deux raisons, dont la première, qui suffirait à elle seule, est que je ne l'aime pas et ne l'aimerai jamais. Oui, mon cher, tu as beau rouler des yeux féroces, c'est ainsi. Parce que cette petite Juana t'apparaît comme une reine de beauté, il ne s'ensuit pas qu'il en doive être ainsi pour tout le monde. Juana, j'en conviens, est une délicieuse enfant, pleine de grâce et de charme, mais il faut en prendre ton parti: je ne l'aime ni l'aimerai.
Et, avec une mélancolie poignante qui bouleversa le nain et le convainquit plus et mieux que n'aurait pu faire un long discours:
—Mon coeur est mort, il y a longtemps, longtemps, vois-tu, petit.
—Pauvre Juana! soupira El Chico.