L'ombrageuse fierté d'El Chico avait fait de lui un déclassé rebelle à toute autorité. Jusqu'à ce jour, une seule personne avait pu lui parler en maître: Juana. Or voici que, maintenant, dans son existence, surgissait un autre maître: Pardaillan. Il lui semblait que, de tout temps, celui-ci avait eu le droit de le commander et que lui n'avait rien de mieux à faire que de lui obéir comme il obéissait à Juana. Et, ce qui le confirmait dans cette pensée, c'était de constater que lui, qui s'était si longuement et si vigoureusement débattu pour échapper à cet ascendant, il l'acceptait sans conteste et lui obéissait non avec résignation, mais avec plaisir.

C'est que Pardaillan avait su faire naître en son esprit cette conviction que, grâce à lui, le rêve chimérique d'un amour partagé pouvait devenir une réalité. De ce fait, Juana lui apparaissait comme la madone, Pardaillan lui apparut comme Dieu lui-même.

En conséquence, Pardaillan ayant commandé de ramasser l'or de Fausta, le Chico obéit docilement.

Lorsque la petite fortune fut enfermée dans le coffre dûment cadenassé:

—En route, maintenant, il est temps! dit Pardaillan.

Le nain souffla sa chandelle, déclencha le ressort actionnant la plaque qui obstruait l'entrée de son réduit et, suivi du chevalier, il s'engagea dans l'escalier.

Ainsi qu'il l'avait brièvement expliqué, le Chico, ne suivit pas le chemin par où il était venu. En effet, Pardaillan, en rampant au besoin aurait pu parvenir jusqu'à la grille qui fermait le conduit aboutissant au fleuve. Mais, là, il n'aurait pu passer par l'ouverture que le nain avait pratiquée à sa taille.

Au reste, pourvu qu'il sortît enfin de ce lieu sinistre où l'implacable volonté de Fausta l'avait condamné à mourir par la faim, peu importait à Pardaillan par quel chemin. Il n'était pas autrement incommodé par l'obscurité, ses yeux y étant faits, et, à travers le dédale des voies souterraines multiples et enchevêtrées à plaisir, derrière le petit homme, il allait avec son insouciance accoutumée, notant soigneusement dans son esprit les explications de son guide, qui lui dévoilait complaisamment le mécanisme secret des nombreux obstacles qui leur barraient fréquemment la route.

Ils étaient maintenant dans un couloir sablé assez large pour leur permettre de passer de front sans se gêner mutuellement.

Et, tout à coup, Pardaillan eut un éblouissement. Il lui avait semblé, là, devant lui, en travers de cette muraille qui se dressait à quelques pas d'eux, il lui avait semblé voir scintiller des étoiles.