D'un geste doux mais très ferme, Pardaillan lui imposa silence et, se penchant de nouveau, il se mit à regarder et à écouter avec une attention soutenue, pendant que le nain, voyant l'inutilité de ses efforts, se résignait et, le dos appuyé au mur, les bras croisés, attendait le bon plaisir de son compagnon.

Que voyait donc Pardaillan qui l'intéressait à ce point? Ceci:

On se souvient que Fausta était descendue dans les souterrains de sa maison, accompagnée de Centurion. Fausta avait déplacé une pierre de la muraille et avait ordonné à Centurion de regarder par ce trou afin de lui prouver que, par là, invisible, on pouvait assister à tout ce qui se passait dans cette étrange grotte aménagée en salle de réunion. Fausta avait négligé ou dédaigné de refermer l'ouverture et le hasard venait d'amener Pardaillan devant cette excavation par laquelle, et au travers de petits trous habilement ménagés du côté intérieur, filtraient les nombreuses lumières qui éclairaient présentement cette grotte. Sur les banquettes qui garnissaient la salle, Pardaillan vit une vingtaine de personnages. Sur l'estrade, assis dans les fauteuils, trois autres personnages, président et assesseurs de cette nocturne et occulte réunion, lui étaient aussi parfaitement inconnus.

Au moment où Pardaillan s'était penché pour la première fois sur l'excavation, le président de cette réunion, assis au milieu, s'était levé et, d'une voix que Pardaillan, aux écoutes, entendit distinctement, il dit:

—Seigneurs, frères et amis, j'ai l'insigne honneur de vous présenter une nouvelle recrue. Moi, votre chef élu, je m'efface humblement devant cette recrue et je salue en elle le seul chef vraiment digne de nous diriger, en attendant la venue de celui que vous savez.

Ces paroles produisirent dans l'assemblée étonnée une certaine rumeur suivie d'un vif mouvement de curiosité lorsqu'on s'aperçut que cette nouvelle recrue, saluée comme leur seul chef possible, était une femme.

Cette femme, Pardaillan la reconnut aussitôt, et c'est à ce moment qu'il eut ce léger sifflement que nous avons signalé. Cette femme, c'était Fausta. Lentement, avec cette majesté un peu théâtrale qui lui était particulière, elle monta sur l'estrade et se tint debout, face à ce public inconnu, qu'elle semblait dominer de son oeil de diamant noir, étrangement fascinateur.

Les trois personnages assis sur l'estrade, qui savaient sans doute ce que Fausta venait faire là, se levèrent alors d'un même mouvement. En un clin d'oeil, la table fut repoussée, un fauteuil fut placé presque au bord de l'estrade, dans lequel Fausta s'assit avec cette sérénité majestueuse si puissante chez elle. Dès qu'elle fut assise, les trois se placèrent debout derrière son fauteuil, dans l'attitude raide et compassée de dignitaires de cour.

Bientôt, soit qu'ils fussent entraînés par cet exemple, soit qu'ils fussent transportés par la souveraine beauté de celle qui surgissait inopinément au milieu d'eux, tous les assistants se levèrent comme un seul homme et, debout, attendirent respectueusement qu'il plût à ce nouveau chef de s'expliquer.

Avant d'avoir parlé, Fausta était assurée du succès.