Impassible comme à son ordinaire, Fausta reçut sans sourciller l'enthousiaste hommage. Sans doute s'était-elle blasée sur ce genre de manifestations, ayant reçu—alors qu'elle pouvait se croire la papesse—des hommages religieux faits d'adoration mystique, autrement grandioses. Cependant, elle daigna sourire.

Elle se leva vivement et, relevant le duc avec une grâce captivante:

—A Dieu ne plaise, dit-elle, que je laisse un de nos plus fidèles sujets le front dans la poussière.

Et, lui tendant sa main à baiser dans un geste vraiment royal, elle reprit sa place dans son fauteuil.

—Duc, reprit-elle, quand notre époux sera sur le trône de ses pères, nous voulons que soient réformées les règles d'une étiquette étroite et mesquine. Nous sommes souveraine et nous ne l'oublions pas, mais nous sommes avant tout femme, et nous entendons le demeurer. Comme telle, nous voulons que nos sujets puissent nous approcher sans que cela leur soit imputé à crime.

Et, désignant d'un geste empreint d'une grâce hautaine les hommes qui venaient de l'acclamer:

—Ceux-ci auront été les premiers. Ils nous seront toujours les plus chers et les bienvenus auprès de nous.

Alors, ce fut du délire. Pendant un long moment, on n'entendit que les vivats les plus frénétiques. Puis ce fut la ruée au pied de l'estrade, chacun voulant avoir l'insigne honneur de toucher à la reine. Celui-ci baisant le bout de sa mule, celui-là le bas de sa robe, d'autres enfin—et c'étaient les mieux partagés, les plus heureux et les plus fiers aussi—effleurant le bout de ses doigts qu'elle leur abandonnait avec une grâce nonchalante, ayant aux lèvres un indéfinissable sourire.

Et Pardaillan, qui ne perdait pas un geste, pas un clin d'oeil, admirait aussi Fausta, réellement superbe en son abandon dédaigneux.

«Superbe, divine comédienne», murmura-t-il. En même temps, il plaignait les malheureux affolés par le sourire de Fausta. Enfin, il songeait à don César: