Toutes ces exclamations se heurtaient, se confondaient, éclataient, rebondissaient, furieuses, sauvages, animées d'une résolution farouche. Cette fois, ils étaient bien déchaînés. Fausta les sentit prêts à tout. Un signe et ils se rueraient sur la voie qu'elle leur désignerait.
—Je prends acte de vos engagements, dit-elle gravement quand le silence se fut rétabli. Nous sommes en présence de deux faits primordiaux: premièrement l'assassinat projeté de votre chef. Si nous voulons, pour la grandeur de ce pays, qu'il monte sur le trône, il faut nécessairement qu'il vive. Nous le sauverons, car lui seul peut succéder légitimement à l'actuel roi—dussions-nous périr jusqu'au dernier, lui sera sauvé. Comment? C'est un point que nous réglerons tout à l'heure.
—Secondement, la disparition de Philippe. Ceci est l'affaire d'un plan que j'ai établi et que je vous soumettrai en temps utile, plan dont je garantis la réussite et dont l'exécution nécessitera l'intervention d'un très petit nombre d'hommes. Si vous êtes, comme je le crois, des hommes de valeur et de courage, dix d'entre vous suffiront pour enlever le roi. Un fois en notre pouvoir, le reste me regarde.
Ici, nombreuses protestations de dévouement, offres spontanées de volontaires décidés à entreprendre l'expédition. Fausta remercia d'un sourire et continua:
—Ces deux points réglés, il ne reste plus qu'à faciliter l'accès du trône au roi de votre choix. Et tout d'abord, afin qu'il n'y ait point de malentendu, je jure ici, en son nom et au mien, de remplir fidèlement et scrupuleusement les conditions que vous aurez posées. Établissez vos demandes par écrit, messieurs, en vue du bien général. Ne craignez pas de trop demander. Nous souscrivons d'avance à vos demandes.
C'était lâcher les chiens à la curée. De telles paroles ne pouvaient passer sans soulever une légitime joie.
Ayant déblayé le terrain et semé l'allégresse parmi ses auditeurs, Fausta put revenir à ce qui l'intéressait directement: la réalisation de ses projets personnels, avec la certitude d'être approuvée et secondée par tous.
Elle reprit donc avec assurance:
—Vous avez cherché un chef qui fît vos idées siennes et vous l'avez trouvé. Je tiens à vous prouver que celui que vous avez choisi peut seul devenir roi et être accepté comme tel et de la noblesse, et du clergé, et du peuple. Accepté sans discussion, accepté avec joie. Ceci, messieurs, est d'une importance capitale. Ne croyez pas que la lutte m'effraie. Mais imposer un roi par la force est toujours une entreprise scabreuse. Sans compter que ce n'est pas toujours le droit qui triomphe.
Elle respira un instant et reprit avec une sorte d'exaltation mystique qui produisit une impression profonde sur ses auditeurs, déjà captivés: