—Dans le choix que vous avez fait, je vois la main de Dieu. Notre cause triomphera, j'en ai la ferme conviction, car il ne s'agit pas ici de renverser une dynastie, de soutenir et de pousser un usurpateur. Non. Il s'agit d'une succession régulière, normale, et, je vous l'ai déjà dit, légitime.
Le sentiment qui dominait maintenant était la curiosité poussée à son plus haut point.
«Voilà qui est particulier, se disait Pardaillan, en lui-même. Comment cette géniale intrigante va-t-elle s'y prendre pour justifier et légitimer, comme elle dit, ce qui apparaîtrait aux yeux de tout homme sensé et non prévenu comme une belle et bonne usurpation?»
Fausta continuait, au milieu d'un silence religieux:
—Notre futur roi est sauvé. J'en réponds. Le roi actuel est pris, avec votre aide. Il disparaît, et, tenez, ayons le courage d'appeler les choses par leur nom: le rpi actuel meurt. La succession royale est ouverte. Qui succède au roi Philippe? Qui lui succède de droit?
—L'infant Philippe! lança quelqu'un.
—Non! cria triomphalement Fausta. Voilà où est votre erreur: confondre un homme, un nom, avec un principe. Le successeur de droit, le successeur légitime, c'est le fils aîné du roi défunt! Or, le fils aîné du roi, le véritable aîné, le véritable infant, c'est celui que vous avez choisi, celui qui a été élevé à l'école du malheur, celui qui sera le roi de vos rêves. C'est celui que vous dites fils du défunt infant Carlos et que je dis, moi, fils aîné et successeur de son père Philippe Il. C'est celui-là qui sera de droit roi de toutes les Espagnes, roi de Portugal, des Pays-Bas, empereur des Indes, sous le nom de Charles, sixième du nom.
«Ouf! railla Pardaillan, que de couronnes! Je comprends maintenant que Mme Fausta se soit soudainement férue d'amour pour l'homme assez fortuné pour accumuler sur sa tête autant de titres pompeux!»
—Il faut, dès maintenant, concluait Fausta imperturbable, combattre de toutes vos forces et détruire à tout jamais la légende d'un fils de don Carlos et de la reine Isabelle. Il n'y a, il ne peut y avoir qu'un fils du roi Philippe, lequel fils, par droit d'aînesse, succède à son père. Cette vérité reconnue et admise, il n'y aura ni contestation ni opposition le jour où l'héritier présomptif montera sur le trône laissé vacant par son père.
Il faut rendre cette justice aux auditeurs de Fausta: nul ne protesta. Tous acceptèrent ces instructions. Avec une unanimité touchante, le plan de la future reine d'Espagne fut adopté. Chacun s'engagea à répandre dans le peuple les idées qu'elle venait d'exposer.