Fausta revint vite au sentiment de la réalité.
—Ces rêves de puissance et de grandeur, dit-elle, reposent sur une tête menacée; si cette tête tombe, c'en est fait de ces rêves!
—On ne touchera pas un cheveu du prince. Dussions-nous périr tous, il sera sauvé. Vous avez notre parole de gentilshommes.
—J'y compte, messieurs. Don Centurion vous fera parvenir, demain, mes instructions précises. Allez, maintenant.
Le duc et ses quatre amis ployèrent le genou devant celle qui leur avait fait entrevoir un avenir prodigieux et, s'enveloppant de leurs manteaux, ils se disposèrent à sortir. Alors Pardaillan se redressa et fit un signe. Le Chico se mit aussitôt en marche, guidant le chevalier qui, jugeant la séance terminée, se décidait, sans doute, à quitter les souterrains de la maison des Cyprès.
Si Pardaillan ne s'était tant hâté, il eût entendu une conversation qui n'eût pas manqué de l'intéresser.
Fausta était restée songeuse. Quand elle vit que le duc et ses amis s'étaient retirés, elle descendit de l'estrade et, s'adressant à Centurion d'une voix brève:
—Cette bohémienne, cette Giralda, peut être un obstacle à nos projets. Elle me gêne. Il faut qu'elle disparaisse dans la bagarre de demain.
Elle eut l'air de réfléchir un instant en surveillant Centurion du coin de l'oeil et elle décida:
—Prévenez votre parent Barba Roja. Lui seul, je crois, pourra m'en débarrasser.