Fausta s'était arrêtée net, sans se retourner. Son oeil eut une lueur sinistre et, dans sa pensée éperdue, elle hurla:
—Pardaillan! L'infernal Pardaillan!... Ainsi il a échappé à la mort, comme il l'avait dit! Il est sorti de la tombe où je croyais bien l'avoir emmuré vivant!
Elle leva vers le ciel un regard fulgurant comme si elle eût voulu sommer Dieu de lui venir en aide.
Et voici qu'en abaissant les yeux elle vit dans l'ombre Centurion qui se livrait à une pantomime effrénée dont la signification lui était très claire:
«Retenez-le un moment, disaient les gestes de Centurion, je cours chercher du renfort, et cette fois nous le tenons!»
Elle abaissa plusieurs fois de suite ses cils pour montrer qu'elle avait compris, et alors elle se retourna.
Tout ceci, qui nous a demandé un temps très long à expliquer, s'était produit en un temps inappréciable.
En tenant compte de la surprise à laquelle elle n'avait pu échapper, si maîtresse d'elle-même qu'elle fût, Pardaillan put croire que rien d'anormal ne s'était passé, qu'elle était bien seule et qu'elle s'était retournée à son appel. Son visage était si calme, son oeil si limpide, son attitude empreinte d'une telle sérénité, que Pardaillan, qui la connaissait bien pourtant, ne put se tenir de l'admirer.
Elle s'avança vers lui avec la grâce d'une grande dame qui, pour honorer un visiteur de marque, le conduit elle-même vers le siège qu'elle lui destine.
Et Pardaillan dut reculer devant elle, contourner des banquettes et s'asseoir là où elle voulait qu'il s'assît.