—Pour faciliter autant que possible l'exécution de cette mission forcément occulte, mais qui doit aboutir coûte que coûte, il est nécessaire que vous soyez couvert par une autre mission, officielle, celle-là. En conséquence, vous irez trouver le roi Philippe d'Espagne, et vous le mettrez en demeure de retirer les troupes qu'il entretient dans Paris.
Et, se tournant vers son secrétaire:
—Rusé, préparez des lettrés accréditant M. le chevalier de Pardaillan comme notre ambassadeur extraordinaire auprès de S. M. Philippe d'Espagne. Préparez, en outre, des pleins pouvoirs pour M. l'ambassadeur. Combien d'hommes désirez-vous que je mette à votre disposition? demanda-t-il alors à Pardaillan.
—Des hommes?... Pour quoi faire, sire?... fit Pardaillan, avec son air naïvement étonné.
—Comment, pour quoi faire?... s'écria le roi stupéfait. Vous ne prétendez pourtant pas entreprendre cette affaire-là seul?
—Ma foi, sire, répondit le chevalier avec un flegme imperturbable, je ne prétends rien!... Mais il est de fait que, si je dois réussir dans cette affaire, c'est seul que je réussirai... C'est donc seul que je l'entreprendrai, ajouta-t-il froidement, en fixant sur le roi un oeil étincelant.
—Ventre-saint-gris! s'écria le roi suffoqué. Puis, considérant Pardaillan un moment avec une admiration qu'il ne chercha pas à cacher, il lui demanda, très calme:
—Quand comptez-vous partir?
—A l'instant, sire.
—Ouf!... Voilà un homme, au moins!... Touchez là, monsieur.