—Mais, madame, fit Pardaillan avec son air le plus naïf, j'ai eu l'honneur de vous dire que j'avais absolument besoin d'avoir un entretien avec vous!
—Il faut donc que ce que vous avez à me dire soit bien grave pour que vous vous exposiez ainsi après avoir échappé miraculeusement à la mort?
—Bon Dieu! madame, où prenez-vous que je m'expose, et qu'ai-je à craindre en tête-à-tête avec vous?
—Croyez-vous donc que je vous laisserai sortir d'ici aussi facilement que vous y êtes entré? Vous vous dites que ce n'est pas moi qui vous barrerai la route... Vous avez raison. Mais sachez que dans un instant vous allez être assailli. Vous allez vous trouver seul et sans arme, dans cette salle bien gardée.
Pourquoi lui disait-elle cela, alors qu'elle était seule encore avec lui? Elle savait bien que, s'il lui plaisait de mettre à profit l'avertissement qu'elle lui donnait, il n'avait que quelques pas à faire pour sortir. Pensait-elle qu'il ne trouverait pas le ressort qui actionnait la porte secrète? Ou plutôt ne pensait-elle pas qu'en l'avertissant il se croirait obligé de rester?
Très tranquillement, il répondit:
—Vous voulez parler des braves que ce sacripant d'inquisiteur est allé chercher, tout courant?
—Vous saviez...
—Sans doute! De même que j'ai bien remarqué votre petit manège qui consistait à m'acculer dans ce coin de la salle.
Fausta ne put s'empêcher de l'admirer. Mais, en même temps que l'admiration, l'inquiétude pénétrait en elle. Elle se disait que, si fort qu'il fût, Pardaillan ne pouvait s'être exposé à un aussi formidable danger sans avoir la certitude de s'en tirer indemne.