Une fois encore, elle jeta autour d'elle un coup d'oeil soupçonneux et ne découvrit rien. Elle étudia encore la physionomie du chevalier et le vit si confiant en sa force, que ses soupçons se dissipèrent, et elle se dit:
«Il pousse la bravade aux plus extrêmes limites!»
—Sachant que vous alliez être attaqué, dit-elle tout haut—et je vous préviens qu'une vingtaine d'épées vont vous assaillir—, sachant cela vous êtes resté. Vous comptez donc passer sur le corps aux vingt combattants que vous allez avoir sur les bras?
—Leur passer sur le corps serait trop dire. Mais, ce que je sais, c'est que je m'en irai d'ici sans blessure sérieuse, parce que mon heure n'est pas venue... Parce qu'il est écrit que je dois vous tuer.
—Pourquoi ne me tuez-vous pas tout de suite, en ce cas?
Elle prononça ces mots avec bravade et comme si elle l'eût défié de mettre sa menace à exécution.
Très naturellement, il dit:
—Votre heure n'est pas venue, à vous non plus.
—Ainsi, selon vous, je dois échouer dans toutes les tentatives que je dirigerai contre vous?
—Je le crois, dit-il très sincèrement. Récapitulons un peu les différents moyens que vous avez employés dans l'unique but de m'occire: le fer, la noyade, l'incendie, le poison, la faim et la soif... et me voici devant-vous, bien vivant. Dieu merci! Tenez, vous faites fausse route en cherchant à me tuer. Renoncez-y. C'est dur? Vous tenez absolument à m'expédier dans un monde qu'on prétend meilleur? Oui!... Mais puisque vous ne pouvez y parvenir! Que diable! il n'est pas besoin de tuer les gens pour s'en débarrasser. On cherche. Les moyens ne manquent pas qui font qu'un homme, vivant encore, n'existe plus pour ceux qu'il gênait.