Centurion avait bien fait les choses. Il avait été un peu long, mais il savait qu'il pouvait compter sur Fausta pour garder le chevalier autant de temps qu'il serait nécessaire. Il amenait avec lui une quinzaine de sacripants qui le suivaient dans toutes ses expéditions avec Barba Roja.

En plus de cette troupe, le familier amenait avec lui les trois ordinaires de Fausta: Sainte-Maline, Montsery et Chalabre, lesquels avaient bien consenti à suivre Centurion parlant au nom de la princesse.

Les deux troupes réunies formaient un total d'une vingtaine d'hommes, armés de solides et longues rapières et de bonnes et courtes dagues.

Les assaillants, avons-nous dit, s'étaient rués avec des cris de mort. Mais, si la précaution qu'avait eue Fausta de placer Pardaillan au fond de la salle était bonne, car elle l'acculait dans un coin et le mettait dans la nécessité d'enjamber un nombre considérable d'obstacles et de passer sur le ventre de toute la troupe pour atteindre la sortie, cette précaution devenait mauvaise car, pour atteindre leur victime, les hommes de Centurion devaient d'abord, eux aussi, enjamber ces mêmes obstacles, ce qui ralentissait considérablement leur élan.

Pardaillan les regardait venir à lui avec ce sourire railleur qu'il avait dans ces moments.

Il avait dédaigné de tirer sa dague, seule arme qu'il eût à sa disposition. Seulement, il s'était placé derrière la banquette, sur laquelle il était assis l'instant d'avant. Cette banquette était la dernière de la rangée. Pardaillan avait placé son genou gauche sur cette banquette, et, ainsi placé, les bras croisés, l'oeil aux aguets et pétillant de malice, il attendait qu'ils fussent à sa portée.

Fausta, qui le surveillait de sa place, et qui, devant cette froide intrépidité, sentait le doute l'envahir de plus en plus, se disait:

«Il va les battre tous! c'est certain! c'est fatal!»

Cependant Pardaillan avait reconnu les ordinaires, et, de sa voix railleuse:

—Bonsoir, messieurs!