—Enfin, mort diable! ce jour-là, le jour où nous avons occis Guise, nous avons sauvé la royauté.
—Notre fortune était assurée du coup.
—Oui, mais le coup de poignard du moine, en frappant le roi à mort, anéantit en même temps toutes nos espérances, murmura Sainte-Maline rêveur. Le roi mort, on nous fit bien voir que nous n'existions que pour lui.
—De tous côtés, on nous tournait le dos, grinça Montsery.
—J'enrage, quand je pense que le temps des franches lippées n'est plus et ne reviendra peut-être jamais!
—Si seulement nous avions la bonne aubaine de rencontrer quelque voyageur isolé qui consentirait à nous venir en aide, de bon gré... ou de force...
A ce moment, sur la route, au loin, le galop d'un cheval se fit entendre. Les trois compagnons se regardèrent sans prononcer une parole. Enfin, Sainte-Maline prit son manteau, tira la dague et l'épée hors des fourreaux et se dirigea vers la porte qu'il franchit.
—Allons! dit résolument Chalabre.
Sainte-Maline en tête, Montsery fermant la marche, les anciens «ordinaires» de Henri III se défilèrent sous les grands peupliers qui bordaient la route. Le voyageur avançait au trot cadencé de son cheval, sans soupçonner le danger qui le menaçait, et même, quand les trois spadassins, le jugeant assez près, occupèrent la chaussée, il mit son cheval au pas.
Quand il ne fut plus qu'à quelques pas, dissimulant les armes sous les manteaux, les trois s'arrêtèrent, et Sainte-Maline, mettant le chapeau à la main, dit très poliment du reste: