—C'est là une entreprise digne de ce grand roi, dit Pardaillan, avec son air figue et raisin.

Et, tournant bride, Pardaillan reprit sa course. Passé Cordoue, après avoir traversé de véritables forêts d'orangers et d'oliviers, en longeant les bords du Guadalquivir, dont le cours était barré par des milliers de moulins à huile, il arriva à Carmona, village situé à quelques lieues de Séville, où il fut tout surpris de voir l'armée royale occupée à dresser ses tentes.

Et il se remit en route encore une fois.

Vers le soir, il aperçut enfin l'escorte du roi, hérissée de piques et de bannières, qui déroulait lentement ses anneaux sur la route poudreuse.

Peu soucieux de la suivre à pareille allure, il se lança sous bois, où il eut tôt fait de la dépasser. Mais, alors, il s'arrêta, et:

«Mordieu! pendant que je le puis, voyons un peu de près la figure de ce valeureux prince!»

Montés sur des chevaux magnifiquement caparaçonnés, une centaine de seigneurs, bardés de fer et la lance au poing, précédaient une vaste et somptueuse litière traînée par des mules parées de housses aux couleurs éclatantes.

Dans un opulent et sévère costume de soie et de velours noirs, le roi était à demi étendu sur des coussins de velours broché.

Front chauve, joues creuses, barbe et cheveux courts et gris, oeil froid, d'une fixité peu ordinaire, taille plutôt petite, de la morgue hautaine plutôt que de la majesté, physionomie sombre et glaciale... un spectre!...

Tel fut le signalement que Pardaillan établit de S. M. Catholique Philippe II, alors âgé de soixante-trois ans.