—Si le prince voulait... l'Andalousie, qui l'adore sous sa personnalité de toréador, l'Andalousie se soulèverait demain; il aurait des milliers de partisans; l'Espagne, divisée en deux clans, se déchirerait elle-même... Comprenez-vous maintenant? L'expédition est à deux fins, on se débarrassera de quelques hérétiques, on enveloppera le prince dans ce vaste coup de filet, et on s'en débarrassera sans que nul ne soupçonne la vérité.

—Et lui?...

—Rien!... il ne sait rien.

—Et s'il savait, voyons, vous qui paraissez le connaître, que ferait-il?

Cervantes haussa les épaules:

—Le roi va se charger la conscience bien inutilement, dit-il. D'abord parce que le prince ignore tout de sa naissance, ensuite parce que, même s'il savait, il se soucierait fort peu de la couronne. Il a une nature d'artiste, ardente et généreuse, et, de plus, il est amoureux fou de la Giralda.

—Corbleu! Il me plaît votre prince!... Mais, s'il est si féru d'amour pour cette Giralda, que ne l'épouse-t-il?

—Hé! il ne demande que cela!... Malheureusement, la Giralda, on ne sait pourquoi, ne veut pas quitter l'Espagne.

—Eh bien, qu'il l'épouse ici... Ce ne sont pas les prêtres qui manquent pour bénir cette union, et, quant au consentement de la famille, puisqu'il ne se connaît ni père ni mère...

—Mais, fit Cervantes, vous ignorez que la Giralda est bohémienne...